Je n'ai jamais été un grand fan du plastique.
Depuis longtemps déjà, les Tupperwares me dérangent, les sacs me froissent et les chemises en plastique m'énervent. Hélas, depuis quelques années, beaucoup de produits se transforment en
l'alternative pétrochimique : pots de fleurs, verres, assiettes (tout le service de table y passe) ; tout ça avec un aspect approchant l'équivalent en verre ou en céramique, pour un prix
évidemment moindre. Même les meubles passent à la vitesse plastique...
Ajoutons à ça la folie du suremballage : biscuits en "pratiques portions individuelles", elles-mêmes dans un sachet de plastique, sachets plastique pour les pâtisseries dans les grands magasins,
"célophanage" outrancier des charcuteries et fromages en libre service, etc. Heureusement qu'aux caisses, les sacs sont devenus payants...
Néanmoins, ma préoccupation principale en matière de plastoc reste l'incontournable bouteille d'eau. Pour les jus de fruits, le fait d'acheter les produits biologiques (ou équitables) limite ce
problème ; toutes ces bouteilles étant en verre. Mais pour l'eau...
Bien sûr, on pourrait boire l'eau du robinet. De 100 à 250 fois moins chère que l'eau en bouteille, faiblement minéralisée (donc moins épuisante pour les reins) et ne produisant pas de déchets.
Seulement, chez moi, l'eau a une odeur bizarre. Pas l'habituelle odeur de chlore qui dérange le plus souvent, mais une odeur de WC et des relents de goudron. L'odeur disparaît difficilement (on
nous dit gentiment de laisser reposer l'eau dans une carafe pendant une heure, mais ça ne marche pas !), sauf quand on la fait bouillir. Evidemment, faire bouillir chaque litre d'eau consommée
quotidiennement, l'impact écologique augmente grandement.
Pour pallier ce problème, je me suis acheté une carafe filtrante Brita. L'idée est intéressante : filtrer l'eau du robinet pour en éliminer le chlore, les nitrates, les éventuels métaux lourds et
autres substances odorantes. Sans être aussi avantageux que la source-robinet (une cartouche filtrante coûte dans les 5 €, à changer tous les mois ; cartouche entièrement recyclable), le système
permettrait d'économiser environ 7X6 bouteilles d'eau par mois, soit plus de 500 bouteilles par an ! Et, économiquement, environ 350€ par an.
La deuxième raison qui m'aura poussé à faire cet investissement vient de l'impact du plastique sur la qualité de l'eau : le polyéthylène y libère des saloperies chimiques, les phtalates (dérivés
du naphtalène), qui sont particulièrement toxiques... Baisse de la fertilité, mortalité ou malformations foetales, perturbations du développement sexuel masculin (les phtalates sont des
perturbateurs endocriniens qui agissent comme les oestrogènes), attaques du foie et des reins, et autres joyeusetés sont à afficher au tableau de chasse des ces substances qui permettent au
plastique d'être souple et donc incassable.
Hélas, après coup, je constate que ma carafe semble être faite en polycarbonate. Dans ce cas-ci, le poison à redouter (même si il y a probablement des phtalates dans le lot, ça demande
vérification) est le Bisphénol A, un autre agent oestrogénique qui pollue carrément tout l'environnement (3 millions de tonnes produites chaque année !). Ses effets connus sont aussi très gais :
diabète, maladies cardio-vasculaires, anomalies du fonctionnement hépatique, pancréatique et thyroïdien et, surtout, du système reproducteur masculin (il diminue la quantité de spermatozoïdes et
est l'un des premiers coupables supposés de la baisse massive de fertilité dans nos belles contrées civilisées...).
Il semble évident qu'il devient difficile d'échapper à ces contaminations pétrochimiques, puisqu'on retrouve du plastique dans tout et n'importe quoi... Contenants alimentaires, boites de
conserves (les phtalates et bispénols A se concentrent encore plus facilement dans les corps gras !), canalisations, produits de beauté, intraveineuses et baxters (contamination encore plus
directe, puisqu'en IV), etc. etc. etc.
Pour en revenir à ma carafe, elle ne possède pas le traditionnel petit sigle permettant de différencier les différents matériaux, d'où mon interrogation (je vais être contraint de mailer la
firme).
Petit récapitulatif : Chaque type de plastique est habituellement estampillé d'un triangle (en fait un anneau de Möbius) constitué de 3 flèches au centre duquel se trouve un chiffre ; c'est le
système de codage SPI d'identification des résines. Sept chiffres possibles (pour les résines principales) :
1. PET ou Polyéthylène téréphtalate. LE plastique habituel des bouteilles d'eau, boissons gazeuses, huiles de cuisine. C'est également le plastique le plus recyclable. Il libère des phtalates
(principalement le DEHP, ou DI(2-ethylhexyl) phtalate) dans l'eau après un certain temps, ainsi que de l'antimoine (d'une toxicité semblable à celle de l'arsenic).
2. HDPE ou Polyéthylène Haute Densité. Plastique souple mais plus résistant que le PET, c'est celui utilisé, par exemple, pour les bouteilles de détergent, produit vaisselle ou jus de
fruits. Il représente 50% des bouteilles du marché.
3. PVC ou Polychlorure de Vinyle. Deuxième plastique le plus utilisé (20% de tous les plastiques sur le marché ; principalement sous forme de tuyaux ou de films plastiques), il n'est pas
recyclable ; son incinération libère dioxines, acide chlorhydrique responsable des pluies acides et perturbateurs endocriniens. Le film plastique, communément utilisé pour emballer la viande et
le fromage, libère des phtalates en concentration conséquente (surtout dans les corps gras, rappelons-le...).
4. LDPE ou Polyéthylène Basse Densité. Moins dense que le HDPE, il est utilisé dans la fabrication de sacs, emballage et films plastiques.
5. PP ou Polypropylène. Résistant et d'aspect brillant, c'est un plastique très utilisé dans le secteur automobile (pare-chocs, tableaux de bords, etc.) mais également dans l'alimentation
(barquette de beurre ou margarine, pots de yaourts) et ustenciles couramment utilisés (tasses, gourdes, etc.). Considéré comme l'un des plastiques les moins toxiques, car chimiquement inerte, des
études récentes laissent penser que le PP libère dans les aliments qu'il contient des sels d'ammonium quaternaires (biocides) et de l'oléamide, une substance qui régule certains mécanismes dans
le corps humain (notamment au niveau neurologique). Les effets de l'ingestion d'Oléamide sont encore inconnus.
6. PS ou Polystyrène. On en fabrique des couverts, des tasses et autres récipients. Sous sa forme expansée (Frigolite), on en fabrique des barquettes (notamment les cornets de pâtes). Tous
libèrent du styrène, disruptif hormonal (un de plus) et substance cancérigène (idem). Chauffé (au micro-ondes par exemple, comme dans le petit snack chinois qui existait dans ma ville), le PS
fond, libère du styrène dans la nourriture et des gaz toxiques dans la machine. Sympa, non ?
7. OTHER, la catégorie fourre-tout qui comprend principalement le
PC ou Polycarbonate (ainsi que l'
Acrylique et le
Nylon). Comme dit précédemment, le PC libère du
Bisphénol A lorsqu'il est chauffé (d'autres études semblent suggérer qu'il y a libération du BPA même à température ambiante), lorsqu'il contient des éléments acides (soda) ou qu'il est usagé. Le
Polycarbonate est principalement utilisé pour la fabrication de biberons (!) ou tasses mais également de matériel médical, dont des prothèses (!!) en raison de son innocuité (pensait-on à
l'époque).
Au final, quasiment tous ces jolis produits sont cancérigènes ou reprotoxiques. Et nous mangeons tous des aliments qui y ont été contenus à un moment ou l'autre ! Qu'en disent les autorités
sanitaires ? Généralement, elles ignorent les études scientifiques sérieuses au profit de celles financées (curieusement) par l'industrie du plastique, elles minimisent les problèmes et
établissent des taux minimum d'exposition journalière. Et tout va bien dans le meilleur des mondes.
Et moi je me retrouve avec ma Brita sans savoir quoi en faire. Phtalates ou Bisphénol A ? C'est pas vraiment que je me soucie de la santé de mes spermatozoïdes, pour l'usage que j'en fais... Mais
l'idée de m'empoisonner à chaque gorgée n'est pas des plus réjouissantes.
Mais quitte à m'intoxiquer, autant le faire de manière écologique. Et opter pour la carafe.
Pas facile tous les jours de vivre au 21ème siècle !
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