Dimanche 12 juillet 2009 7 12 /07 /Juil /2009 13:00
Notre société se porte mal. Très mal.

En regardant bien, il n'y a pas que l'économie qui est en crise. Le social, l'environnement, l'emploi, la famille, la justice, la démocratie, l'alimentation, les médias, la science ; tous ces domaines partent lentement en vrille et ne laissent présager rien de bon pour les lustres et décennies à venir.

Que se passe-t-il ? Ou plutôt, que s'est-il passé, dans l'Histoire, pour en arriver à cette situation, sinon désespérée, tout au moins désespérante ?

Sans qu'il n'y ait de réponse qui ne soit pas multi-factorielle (et qui nécessiterait donc des dizaines de pages d'analyses), je pense qu'on peut entrevoir un élément important dans la désacralisation de la nature.

En effet, l'Homme, depuis tout temps, tente de s'extirper de sa condition animale, chose qu'il considère comme éminemment "sale", pire, "insultante" pour lui LE chef d'oeuvre de la Création.

A l'origine, le Sacré devait se résoudre à l'Inconnu, donc au Mystère : le mystères de la vie, de la reproduction (Le féminin sacré), de la Mort ; les mystères de la nature. La vie spirituelle s'est bâtie, lentement mais sûrement, sur cette Nature Sacrée et Sa Sagesse millénaire. La spiritualité devait être simple, humble. Je n'ai pas fait l'histoire des religions, mon opinion est donc peut-être candide, mais c'est ainsi que j'imagine l'aube de la foi.

Avec le temps, l'orgueil de l'animal intelligent s'est développé. Après avoir maîtrisé le feu ou l'agriculture, après avoir conquis la Nature à l'aide de sa matière grise et de ses armes de fer, il lui est venu l'idée qu'il ne faisait pas partie de ce monde : il a été Créé pour le dominer, l'asservir et le vider de sa substance.

Aux croyances païennes et au chamanisme s'est donc substitué le Monothéisme du Livre. Dieu a placé l'Homme dans le Jardin D'Eden et lui a chuchoté dans l'iPod "Vas-Y mon gars, profite, saccage, exploite, tout est à toi, le nec plus ultra de ma semaine de boulot".

Dans cette optique, tout était permis (tout ce qui ne portait pas préjudice à la Très Sainte Eglise, bien entendu).

Jusqu'à la fin de l'obscurantisme (si si, il est officiellement terminé), où la Science a pris le relai et appuyé sur l'accélérateur de la permissivité.

La science a permis l'explosion du genre humain, de ses conquêtes et de ses productions. Si le monothéisme avait détourné le Sacré vers un dieu unique, la science vient le fouler du pied et démystifier l'univers connu. L'Esprit humain, et son orgueil, n'ont plus qu'une seule limite : le temps d'une vie. Profitons-en, donc !

Côté pervers à tout ça, à la mortification du "je ne vis pas pour ne pas pécher et ne pas aller en Enfer" lancée par Jésus et Co. suit le "Vivez, consommez, amusez-vous, on ne vit qu'une fois !", lancé par nos amis les économistes, traders et PDG de multinationales en tous genres.

Cette mécanique effrayante est proche du fameux désenchantement du monde, cher aux sociologues (et à Mylène Farmer). Le monde est devenu triste, gris, sans mythes et légendes, sans fantaisie, sans grands récits unificateurs.

Alors, pour sortir de la crise, ne faudrait-il pas réinvestir dans le Sacré ? Re-sacraliser la Nature ?

La religion a perverti ce sacré, je l'ai déjà dit. Elle s'est appropriée des fêtes païennes et les a décontextualisées pour les recadrer dans l'orthodoxie de la Très Sainte Bible. A la renaissance du Soleil (Yule - solstice d'été), on nous propose la Naissance de Jésus. A l'opposé, Litha devient "feux de la Saint Jean". Samain devient Toussaint, Imbolc devient la Chandeleur, Ostara devient les Pâques et Beltaine devient fête du travail (oui, bon, ça c'est pas les cathos...).

Ces fêtes, qui autrefois étaient les points de repère dans le cycle de l'année et des récoltes ont perdu leur rôle significatif. Il n'en reste plus qu'un cycle dénué de sens, détaché de la nature. Tel est au final le vouloir de la société.

Cette déconnexion aberrante d'avec la nature nous a amenés dans cette impasse où nous nous trouvons. Celle du "je mange des fraises en janvier", "je fais mes courses à 02h du mat'", "je bosse dur en hiver", "je me repose en été" ; des comportements en total décalage avec les rythmes biologiques et saisonniers.

Nous consommons trop, sans pudeur, sans culpabilité. Nous enfermons les animaux dans des zoos, nous les modifions génétiquement pour qu'ils nous conviennent un peu plus, nous transformons toujours plus notre nourriture ("gastronomie"), nous retenons nos pulsions primaires (sauf le sexe, mais on avorte en cas de besoin), etc. L'humain crée l'artifice, l'artificiel, le synthétique, l'imitation, la pâle copie aseptisée.

Il me semble qu'une certaine partie de la population ouvre pourtant les yeux et prend conscience de cette nécessaire "spiritualité" pour une construction harmonieuse de la société. Malheureusement, ces "brebis égarées" finissent dans les bras de gourous, prédicateurs évangélistes farfelus, intégristes de tous poils. D'une bonne intuition -- celle d'évoluer sur le chemin de la conscience -- découle le sectarisme et la manipulation, le fanatisme et l'envie d'hégémonie de personnes peu recommandables.

A mon sens, le "paganisme" est quelque chose de beaucoup plus simple et noble qu'une religion. C'est un choix de vie, à la limite d'un modèle de civilisation. Là où la religion impose, le paganisme propose. A la pensée "en boîte" de la religion, le paganisme propose un cheminement personnel, un tâtonnement. La seule divinité est la nature, et ses cycles en sont la manifestation la plus parfaite.

Le paganisme, en ce qu'il concerne la sacralisation de la Nature, n'est pas une religion : c'est un respect pur et simple pour celle qui est notre début et notre fin, notre protectrice et notre bourreau, notre Mère aimante mais parfois sévère, la Terre.
Par L'Expérienceur - Publié dans : Spiritualité. - Communauté : Wicca et Voies Paiennes
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