Je travaille depuis peu comme bénévole chez Oxfam -
Magasins du Monde, petite épicerie équitable de la célèbre ONG
Oxfam.
Certes, le travail n'est pas des plus passionnants -- et les clients ne se bousculent pas au portillon -- , mais il occupe l'une ou l'autre de mes après-midis et me donne au moins l'impression
d'être utile quelque part.
L'un des clients me demandait très justement, alors que je déclarais mes convictions "écologiques", si le commerce équitable n'entrait pas en contradiction avec la recommandation "achetez local
!" que tout bon écolo a un jour sorti aux membres de sa famille pendant un débat houleux qui accompagne traditionnellement les repas de famille ou ceux des fêtes de fin d'année.
La réponse me semble tellement évidente pourtant !
Non. A mon sens en tout cas, il n'y a pas de contradiction. Mais, je l'avoue, je ne suis peut-être pas (encore) un écolo extrémiste...
Nous sommes des consommateurs, bien que nombre d'entre nous tente de rejoindre ceux qui ont déjà "passé la carte de banque à gauche" et grossi les rangs des décroissants purs et durs. Alors,
quitte à consommer, autant consommer de manière intelligente et équitable.
Si c'est pour acheter un produit biologique "exotique", autant prendre celui qui est équitable, celui qui permet une juste rémunération du producteur et pas celui d'une grande firme labélisée qui
exploite ses ouvriers pour gagner 30cents sur le produit fini.
Peut-être que oui, il faudrait idéalement se passer de jus d'orange, de quinoa, de riz, de chocolat et se contenter des productions locales (pommes de terre, jus de pomme, etc.) tout en faisant
vivre l'économie locale.
Mais nous devons faire avec ce que nous avons : un système composé à 98% de consommateurs qui consomment en consommant et se vautrent avec délectation dans le suint de l'import-export.
Conséquence, les terres cultivables des pays en voie de développement sont "volées" aux paysans, elles sont transformées en garde-manger pour le brave occidental... et l'autochtone ne peut même
plus cultiver ses propres denrées.
Pire, il travaille parfois 80h/semaine et est payé une broutille, toujours pour minimiser le prix facturé à l'occidental ventripotent qui fait ses courses dans un hypermarché, se rue sur les
marques "N°1" en vue de faire quelques économies sur le budget alimentation et pouvoir se permettre ainsi l'achat d'un écran plat HD.
C'est un logique inhumaine, purement économique, à laquelle nous participons tous à un degré ou l'autre, consciemment ou non, parfois sans avoir d'alternative.
Il y a forcément conflit d'idéaux et chacun a ses points forts et ses points faibles, ses hauts et ses bas :
- Equitable : l'aliment vient de loin, très loin parfois, libérant indirectement des quantités énormes de CO2 et autres polluants ; mais il fait vivre des personnes, des familles, des enfants, il
permet d'aider à la construction d'écoles, d'infirmeries, etc.
- "Biologique" (ce terme est quand même assez ridicule) : l'aliment est respectueux de la nature, mais est-il seulement respectueux de l'homme ? Les PDG de grandes marques exploitent maintenant
sans scrupules cette technique agricole qui, autrefois, était probablement forgée dans une philosophie environnementale ET humaniste.
- Ecologique : l'aliment est local, produit par le fermier du coin. Il utilise parfois quelques pesticides. On permet à l'économie de la région de subsister et de s'étendre.
Des combinaisons existent, bien sûr. Certains aliments locaux sont bios, certains aliments équitables le sont aussi.
Alors, si vous n'arrivez pas à vous passer de bananes, de chocolat, de café, de riz... tournez-vous vers la solution équitable ! Par contre, pour les produits "biens de chez nous", autant faire
vivre nos compatriotes.
Pour info, Oxfam privilégie l'agriculture biologique et, même si les produits ne sont pas explicitement indiqués "bio", sachez que les petites coopératives n'ont parfois pas suffisamment d'argent
pour s'octroyer ce fameux label bien que leurs techniques de culture soient douces et respectueuses de l'environnement. L'Ong tente également de maximiser le transport maritime et ferroviaire des
marchandises, afin de minimiser l'impact du transport sur le réchauffement climatique.
_____________________
dissertation